
La dépréciation monétaire est-elle terminée avec M. Warsh à la tête de la Fed?
Geoff Phipps, CFA, Gestionnaire de portefeuille et stratège en négociation
L’or a bondi. Puis il a subi un recul. Ensuite, la Réserve fédérale a fait un virage belliciste, le dollar s’est redressé et le récit voulant que « le commerce soit terminé » est passé de marginal à consensuel du jour au lendemain. Mais les piliers structurels qui ont construit le marché haussier n’ont pas bougé, et la perspective d’une politique axée sur l’énergie ne réécrit pas les facteurs fondamentaux.
La transaction de dépréciation monétaire avait de solides assises à l’approche de 2026 : les banques centrales, à l’échelle mondiale, assouplissaient leur politique malgré une inflation sous-jacente toujours tenace, cédant en crédibilité sur la stabilité des prix, tout en achetant simultanément de l’or à un rythme double de leur cadence historique comme actif de réserve stratégique. Les déficits financiers se sont creusés sans volonté politique de les combler. Cette combinaison (capitulation monétaire et diversification structurelle loin de la monnaie fiduciaire) a entraîné un énorme marché haussier de l’or.
Le choc pétrolier iranien a paradoxalement tué la transaction à court terme : la hausse des prix de l’énergie a forcé les marchés à réévaluer les attentes de taux nettement à la hausse, les rendements réels ont grimpé en flèche et l’or a reculé. Cette dernière conséquence n’est pas le fruit du gain soudain en crédibilité des banques centrales, mais parce qu’un choc en matière d’offre a temporairement rendu le durcissement inévitable.
Les débuts de M. Warsh au Federal Open Market Committee (FOMC) en juin viennent renforcer cette perspective : la moitié du comité prévoit au moins une hausse en 2026, nous pouvons constater la suppression de l’orientation prospective et le ton de la conférence de presse était sans équivoque belliciste. La valeur du dollar s’est redressée, celle de l’or a chuté et le complexe plus large de dépréciation (devises non libellées en dollars, actifs réels et bitcoin) s’est dénoué ensemble. Le récit voulant que « le commerce soit terminé » est passé de marginal à consensuel du jour au lendemain.
M. Warsh n’a pas tort de dire qu’il y a un problème d’inflation; l’inflation sous-jacente demeure tenace et la Fed de Powell l’a largement ignorée. Sauf que le choc pétrolier qui justifiait son agressivité est, du moins partiellement, en train de s'inverser. De plus, une grande partie du mouvement post-FOMC sur le taux à 2 ans s’est déjà dénouée. L’inflation tenace à laquelle nous assistons demeure liée aux services que les hausses de taux ne corrigent pas particulièrement bien de toute façon. Les marchés ont réévalué les prix en fonction d’une résolution de la guerre, mais le détroit d'Ormuz demeure un point à surveiller. Si les flux ne se normalisent pas comme prévu, l’énergie revient comme source d’inflation et tout le calcul change de nouveau.
Les piliers structurels n’ont pas bougé : les déficits continuent de se creuser, les banques centrales continuent d’acheter, et l’or représente toujours moins de 0,2 % des portefeuilles privés américains. M. Warsh peut sembler plus restrictif pendant un trimestre. Seulement, il ne peut pas indéfiniment aller à contre-courant de la tendance du marché, de la politique et des facteurs fondamentaux. Le pari sur la dépréciation monétaire n’est pas terminé; il était en pause énergétique en raison de la guerre.
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