Les valorisations reflètent peut-être des perspectives optimistes quant au secteur du crédit
Les actions des banques canadiennes se négocient avec un certain optimisme, qui se démarque dans le contexte macroéconomique actuel. Avec un ratio cours-bénéfice supérieur à 13, le secteur affiche des valorisations jamais vues depuis 2005 et 2006, période durant laquelle la croissance du PIB canadien s'accélérait, la demande de crédit était forte et les pertes sur prêts diminuaient rapidement. Le marché semble anticiper une dynamique semblable aujourd'hui, même si l'économie canadienne doit composer avec un ralentissement de la croissance et une hausse du taux de chômage. À l’heure actuelle, le consensus à l’égard des prévisions du côté vendeur prévoit un recul considérable des pertes sur créances d’ici 2026, 2027 et 2028, comme indiqué dans le tableau ci-dessous. Ces prévisions reposent sur l’hypothèse claire que le cycle du crédit a déjà atteint son pic et que la croissance des bénéfices sera soutenue par l’amélioration de la qualité des actifs et une reprise de la croissance des prêts.
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Nous estimons que ce discours mérite d'être examiné de plus près. Bien que le marché se concentre souvent sur les grandes tendances, une analyse plus approfondie des données sous-jacentes relatives au crédit à la consommation suggère que le cycle n'a peut-être pas encore basculé. L'évolution des pertes sur créances est importante, car elle constitue un facteur déterminant des prévisions de bénéfices dans l'ensemble du secteur.
Au-delà des apparences du crédit à la consommation
Lorsque nous analysons les données sous-jacentes, les signaux semblent plus mitigés. En effet, les taux de défaillance à 90 jours pour les principaux produits de consommation canadiens, notamment les prêts hypothécaires, les cartes de crédit et les prêts personnels, continuent d’afficher une tendance à la hausse en glissement annuel. De notre point de vue, la seconde dérivée de la croissance des défaillances constitue un signal important. Lorsque la variation en glissement annuel se stabilise et commence à diminuer, cela peut indiquer que les tensions sur le crédit s’atténuent. À l’heure actuelle, ce point d’inflexion ne s’est pas encore produit.
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Les données sur les prêts hypothécaires viennent étayer ce constat. En analysant les informations relatives aux obligations sécurisées et en isolant les prêts hypothécaires à la fois en souffrance (Déf.) et présentant des ratios prêt-valeur (RPV) élevés, notre équipe peut estimer la part des portefeuilles hypothécaires susceptible d'être plus sensible à la détérioration du crédit. Bien que les niveaux absolus restent faibles, la tendance s'oriente maintenant vers des niveaux historiquement élevés. Cela est important car les prêts hypothécaires représentent souvent le stade final des difficultés financières des consommateurs, les emprunteurs ayant généralement épuisé toutes les autres sources de crédit avant de manquer un paiement hypothécaire.
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Des données récentes corroborent l'idée selon laquelle les conditions de crédit pourraient être plus fragiles que ne le laisse supposer le consensus. Par exemple, les taux de défaillance sur les prêts hypothécaires ont augmenté dans plusieurs régions du Canada malgré une situation globalement bonne, à l’échelle nationale, ce qui met en évidence des poches de tension financière au sein du système, selon un rapport de Mortgage Professional America.1
Pourquoi les conseillers doivent-ils voir au-delà du consensus?
Pour les investisseurs, cela ne signifie pas nécessairement que les banques canadiennes sont confrontées à un événement de crédit imminent. Cela met plutôt en évidence le risque inhérent aux attentes actuelles. Si l’amélioration des pertes sur créances est le principal moteur de la croissance prévue des bénéfices, l’évolution des indicateurs de crédit à la consommation pourrait devenir cruciale.
Nous consacrons beaucoup de temps à l’analyse de ces indicateurs avancés, car ils révèlent souvent des changements dans le cycle du crédit avant qu’ils n’apparaissent dans les résultats publiés. En conjuguant une analyse ascendante des sociétés et un suivi détaillé du cycle du crédit, nous cherchons à cibler les écarts entre les attentes et la réalité.
Sur les marchés où les discours consensuels sont dominants, les renseignements les plus précieux proviennent souvent de l’examen des données qui les sous-tendent. C’est souvent dans ces écarts entre les attentes et les éléments fondamentaux sous-jacents que se cachent les risques et les occasions de placement les plus significatifs.